Le tennis, un sport de vieux ?

C’est sous un titre un peu provocateur que je me permets de parler de l’état du tennis en Suisse malgré nos deux vedettes nationales qui sont depuis quelques années dans le top 10 mondial.

Alors que le tennis helvétique n’a jamais été aussi bien représenté à l’échelle mondiale, il faut faire un constat malgré les récents succès de Stan et Roger : ils sont plus proches de leur retraite que du début de leur carrière. Bien entendu, j’espère que ces joueurs auront encore beaucoup de victoire et surtout, qu’ils brandiront encore beaucoup de coupes, médailles ou autres titres.

Pour rappel, en Suisse le tennis est le troisième sport le plus pratiqué après la gymnastique (qui regroupe énormément de disciplines) et le football.

Ceci dit, où en est la relève suisse ? Pour le moment, si du côté féminin il y a quelques espoirs avec des joueuses prometteuses, du côté masculin, c’est un peu plus compliqué avec – loin de nos ténors Stan et Roger – des joueurs comme Laaksonen et Chiudinelli qui ont respectivement 25 et 35 ans et qui se situent à la 102ème et 178ème place mondiale. Plus loin, des jeunes joueurs comme Antoine Bellier 20 ans, Johan Nikles 20 ans, Raphael Baltensperger 19 ans ou le sympathique Loic Perret 22 ans affichent respectivement le 686ème, 658ème, 985ème et 956ème rang ATP.

Concrètement, ces joueurs ont à l’heure où j’écris ces lignes entre 36 et 11 points ATP. C’est à la fois peu et beaucoup car pour accéder à des tournois plus importants – dotés entre autres de meilleurs prix – ces joueurs doivent encore passer des paliers et engranger des victoires significatives.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je pense qu’il est important de faire un point sur une expression bien connue : comparaison n’est pas raison. Tous les joueurs professionnels ont un parcours unique même si, ici et là, ils ont des points communs.

Ceci dit, on peut faire quelques constats sur l’évolution des joueurs suisses et sur cette fameuse relève en particulier dans le tennis masculin. Par exemple, tous les joueurs du top 10 actuel étaient entrés dans le top 100 mondial avant l’âge de 20 ans. Je ne dis pas que les joueurs actuels au-delà de 20 ans et au-delà du top 100 devraient arrêter le tennis ou n’arriveront jamais à atteindre le top 100. Je souhaite bien entendu à tous ces joueurs d’atteindre leur rêve ou ambition.

Toutefois, le monde de la compétition est impitoyable et peu importe qu’il y ait 2’000 ou 10’000 joueurs qui ont comme objectif de vivre de leur sport… il n’y a que 200 places disponibles pour vivre décemment en tant que joueur de tennis car au-delà de la 200ème place, c’est difficile d’en vivre sans aide ou support financier.

En réalité, le tennis en Suisse est en perte de vitesse malgré les succès retentissants de Stan et Roger ces dernières années et beaucoup s’inquiètent de la suite. Que se passera-t-il quand ces deux icones arrêteront de jouer ?

Pour avoir une relève, il faut des juniors et ces derniers doivent avoir une licence pour jouer des tournois. Problème, ces dernières années, il y a clairement eu une baisse des juniors et ce, au niveau national :

Évolution des juniors licenciés depuis 1990

Après un pic en 2009 de pratiquement 15’000 juniors, 2016 affichait moins de 12’000 juniors. En 7 ans, le tennis helvétique a perdu 20% de ses juniors. Bien entendu, certains de ces juniors sont passés dans les joueurs actifs mais là encore, le constat n’est pas fameux :

Évolution des actifs licenciés depuis 1990

 

En 2011, les effectifs s’élevaient à environ 11’300 actifs puis le contingent est passé sous la barre des 10’900 joueurs en 2016. En réalité, la seule catégorie qui est en progression en Suisse, c’est les seniors :

Évolution des seniors licenciés depuis 1990

Une augmentation constante depuis les années 90 et qui culmine à près de 29’000 joueurs en 2016. En une vingtaine d’années, les seniors ont progressé de 7%. Bien entendu, cette courbe est intéressante si on voulait jouer un rôle important dans le trophée des légendes https://fr.wikipedia.org/wiki/Trophée_des_Légendes mais pas tellement pour assurer une relève à Roger ou Stan.

En résumer, sur une période de 20 ans, les juniors sont en baisse et les seniors en hausse et grosso modo, le nombre total de joueuses et joueurs de tennis est stable même s’il y a une baisse de 5% entre 2011 et 2016 :

Évolution de tous les joueurs licenciés depuis 1990

Conscient de ce problème, Swiss Tennis a lancé l’année dernière un programme appelé Kid Tennis et qui a pour objectif d’attirer à nouveau les plus jeunes dans ce sport mais est-ce que cette initiative sera suffisante ? Permettra-t-elle de relancer à la hausse les licences pour juniors ? Seul l’avenir pourra le dire alors que notre club et beaucoup d’autres ont adopté ce système.

Ceci dit, est-ce que la tendance est la même dans d’autres sports vedettes ? Pour la gymnastique c’est difficile à dire mais au niveau du football, des statistiques sont disponibles et elles racontent une autre histoire :

Évolution de tous les joueurs licenciés au football depuis 1995

En une vingtaine d’année, le football a connu une croissance de ses membres de l’ordre de 36%. Comparée au tennis, cette progression n’est pas seulement importante au niveau du pourcentage mais également au niveau des effectifs : +75’000 joueurs ! Pour rappel, en Suisse, tous les licenciés de tennis totalisent environ 51’700 joueurs.

Et du côté des juniors ? Même son de cloche, tous les indicateurs sont au vert :

Évolution des juniors licenciés pour le football depuis 1995

Malgré un petit creux en 2012/2013 plus lié à la manière de comptabiliser les juniors qu’autre chose, la croissance en 10 ans est très nette avec une hausse d’environ 13% des effectifs juniors ou 21 mille joueurs supplémentaires.

En résumer, le football suisse a plus de chances de trouver un successeur à Lionel Messi que le tennis suisse un successeur à San ou Roger… même si pour ce dernier, je ne pense pas qu’un jour un joueur puisse égaler le palmarès de ce génie.

Alors que le tennis suisse bénéficie d’une icône active et d’un excellent second, pourquoi est-ce que ce sport ne fait pas plus d’adeptes chez les jeunes ? A l’inverse, pourquoi est-ce que le football draine autant de nouvelles recrues ?

Ces questions simples appellent des réponses complexes et diverses. Un des premiers éléments se trouve probablement sur le plan médiatique car entre ces deux sports, le football est certainement le sport le plus couvert et commenté aussi bien à la télévision que dans la presse écrite. A l’inverse, pour ce qui est du tennis, les aficionados peuvent voir quelques matchs tout au long de l’année mais uniquement quand des suisses sont en lice ou quand il s’agit d’un tournoi majeur.

Ensuite, il y a également les infrastructures qui permettent d’offrir une continuité tout au long de la saison et en Suisse, peu de clubs de tennis bénéficient d’une infrastructure hivernale car au-delà de problèmes administratifs, les investissements financiers sont énormes. Comptez sur environ CHF 300’000.- pour couvrir un terrain d’une « bulle » et plus de CHF 500’000.- par terrain pour une halle. Sans aide financière publique ou privée, ces investissements sont tout simplement impossibles pour des clubs de petites et moyennes importances (<1’000 membres).

Enfin, à l’instar de ce qui se passe aux USA, beaucoup de jeunes préfèrent d’autres filières sportives comme le basketball car encore une fois, la couverture médiatique offre un excellent tremplin à des jeunes régulièrement à la recherche d’idoles ou de références sportives.

En conclusion, si la Suisse souhaite continuer à jouir d’un certain succès international avec ses joueurs de tennis, il est grand temps qu’elle développe au travers de ses institutions une meilleure stratégie pour attirer plus de jeunes dans ce sport. Cela passe évidemment par des investissements et un meilleur support des initiatives liées au tennis à travers le pays, y compris aux clubs de tennis existants.

Tony

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